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Tambours et trompettes pour l’arrivée du Coriolis II à Comodoro Rivadavia

Arrivee
Arrivée du Coriolis ll à Comodoro Rivadavia en Argentine.

L’arrivée du Coriolis II à Comodoro Rivadavia n’est pas passée inaperçue. Plusieurs dignitaires dont le gouverneur de la province du Chubut, Martin Buzzi et l’Ambassadrice du Canada en Argentine, Gywnet Kutz, sont venus accueillir le navire à Comodoro Rivadavia pour la première étape de son expédition scientifique. Deux vedettes de la préfecture nationale et un hélicoptère ont accompagné le Coriolis II jusqu’à son accostage. Une meute de journalistes était présente pour documenter l’événement. Les discours des dignitaires ont bien souligné l’importance de cette mission scientifique tant pour l’Argentine que pour le Canada. En effet, l’Argentine lance un important programme de recherche concernant la « Pampa Azul » ou « Prairie bleue » et la mission PROMESse à bord du Coriolis II en est à sa première activité. Les différents paliers de gouvernement veulent investir en science de la mer pour bien comprendre et exploiter de façon durable leurs ressources. C’est une fierté que l’Université du Québec à Rimouski et son Institut des sciences de la mer y soient, non seulement intimement associés, mais assument également le « leadership » conjoint de la mission PROMESse. C’est entre autres, par des actions comme celle-là, que l’UQAR a su se démarquer en recherche au Canada.

Question
Période de questions pour les médias à bord du Coriolis II

Pour moi, mon aventure sur le Coriolis II se termine ici à Comodoro Rivadavia, je reste sur le quai pour regarder le Coriolis II s’éloigner vers une autre aventure océanographique.

Bon vent Coriolis II et son équipe.

Serge Demers sur le quai de Comodoro Rivadavia.

Le Coriolis II dans le vent

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Un albatros frôlant de son aile la surface de l’eau.

Depuis hier matin, le Coriolis danse avec Éole. Des vagues de plusieurs mètres se sont formées ce qui rend tout travail à bord du navire très difficile. Pour des raisons de sécurité, le chef de mission, Gustavo Ferreyra, a annulé toutes les activités scientifiques. Le navire continue sa route vers Comodoro Rivadavia où un premier changement d’équipe scientifique s’effectuera. Malgré des vagues imposantes, nous avons quand même pu observer des baleines franches à quelques mètres du navire seulement et des marsouins qui sont venus faire la course avec le Coriolis. Même les albatros viennent nous dire bonjour. Le « Blue hole » est l’une des zones les plus productives de la planète et le lieu de rencontre de plusieurs espèces de mammifères. C’est d’ailleurs une zone de pêche aux calmars très importante et plusieurs navires de pêches de différents pays viennent s’y approvisionner. Tout autour du Coriolis, il y avait plus d’une quinzaine de navires, aucun n’était argentin. C’est une des raisons qui a poussé l’Argentine à investir dans ce programme de recherche.

Serge Demers à bord du Coriolis II

En Argentine, on ne danse pas que le tango…

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Des chercheurs concentrés sur leur travail

Le changement de masse d’air provenant du sud nous a également amené des vents beaucoup plus soutenus. Une mer s’est formée et nous naviguons maintenant dans des vagues pouvant atteindre 3 m. Ce matin au petit déjeuner, il y avait beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. Le Coriolis a dansé le « rock’n roll » toute la nuit et beaucoup de scientifiques ont trouvé la nuit plutôt longue et, selon les météorologues, ce n’est que le début. Malgré ce léger inconvénient, nous avons quand même pu faire notre échantillonnage ce matin, ce qui montre la détermination de l’équipe scientifique malgré la tendance au vert. Nous échantillonnerons une autre station cet après-midi, mais pour les autres stations de ce soir et cette nuit, nous nous en remettons à Neptune ou à Poséidon, c’est selon…

 

Serge Demers à bord du Coriolis II

Et c’est parti…. (suite)

platon
L’échantillonneur à plancton

La rosette remontée, le travail ne fait que commencer. Une partie de l’équipe s’affaire à récolter l’eau dans les rosettes pour en faire la filtration et l’analyse dans les laboratoires. L’autre partie de l’équipe continue le travail sur le pont pour finaliser la prise d’échantillons et la manipulation des autres types d’appareils.

Plancton
Quelques exemples de plancton retrouver hier: une salpe

C’est l’heure de mettre à l’eau l’enregistreur de plancton à l’aide d’une vidéo (VPR). C’est un appareil un peu surréaliste avec ses lumières bleues qui flashent et ses différents instruments qui permettent d’enregistrer les conditions physico-chimiques de l’eau à l’endroit où seront prises les images du plancton. L’appareil est prêt, la professeure Gesche Winkler donne le signal à l’homme responsable du treuil qui enclenche le déroulement du câble et voilà le VPR parti pour son périple aller-retour, jusqu’à 300m. Quinze minutes plus tard, l’appareil est à nouveau sur le pont et c’est maintenant le tour des filets à plancton d’aller faire saucette… Chacun des trois filets est mis à l’eau de façon consécutive pour aller récolter des catégories différentes de plancton, les gros animaux, les petits animaux et le phytoplancton. Une fois les filets revenus sur le pont, le fruit des récoltes est minutieusement gardé dans des pots et les organismes (souvent de la grosseur d’un grain de riz) seront identifiés et comptés; un travail de moine. Pendant ce temps, dans les laboratoires du Coriolis ll, les pompes à filtration ronronnent. Les gens s’affairent à filtrer l’eau provenant de la rosette. Toutes les manipulations sont faites de façon minutieuse dans le but de ne pas contaminer les échantillons. Pour les uns c’est pour la chlorophylle et les virus pour les autres c’est pour les éléments nutritifs et la matière organique particulaire, mais tous travaillent pour pouvoir, en bout ligne, raconter l’histoire océanographique de cette station. L’échantillonnage terminé, il est plus de 2 h du matin. Le navire met le cap vers le sud.

Au matin, les conditions ont changé et l’air chaud et humide est remplacé par un vent froid provenant du sud, provenant de l’Antarctique.

 Serge Demers à bord du Coriolis II

 

Et c’est parti….

 À 18h30, heure de Buenos Aires, nous nous sommes positionnés sur la première station d’échantillonnage. C’est le branle-bas de combat sur le pont arrière du Coriolis ll. Les scientifiques et le personnel navigant dédié aux opérations, telles des fourmis, s’affairent à préparer les équipements qui doivent être déployés pour cette première séquence d’échantillonnage. Les uns arment la rosette et la préparent à faire sa première descente vers les profondeurs de l’Atlantique Sud. Les autres s’affairent à installer les filets à plancton et l’enregistreur à plancton.

Échantillon
Les systèmes de filtration en attente d’échantillons

 C’est la rosette qui fera la sortie inaugurale puisque c’est à partir des données qu’elle nous fournit en temps réel et en continu que nous déterminerons le reste des opérations. La timonerie donne le signal de départ, les moteurs ronronnent, le navire est en position et prêt à y rester. Les treuils sur le pont arrière se mettent en marche, la valse commence. Les ordres sont donnés clairement. Doucement la rosette quitte le pont du navire pour sa première descente vers les abysses.

poisson
Un poisson prélevé à 300m bioluminescent

Son premier voyage sera quand même raisonnable, 300 mètres pour sa première sortie. On la fait descendre juste en dessous de la surface de l’eau histoire de s’assurer que tous les senseurs fonctionnent, température, salinité, fluorescence, matière particulaire, oxygène, nitrate et densité. Tout semble correct et c’est la descente. Dans la salle de contrôle, nous pouvons voir sur les écrans se profiler les différents paramètres en fonction de la profondeur. La température diminue rapidement, la fluorescence montre un pic à 10 mètres puis diminue au fur et à mesure que la profondeur augmente. Du côté de la salinité, c’est le calme plat 34 %, une eau typiquement océanique. La rosette est rendue à 300 mètres, à la lumière des résultats affichés sur les écrans, c’est la discussion dans la salle de contrôle pour déterminer les profondeurs où l’eau sera récoltée en remontant. Chacun a sa petite idée, mais c’est le chef de mission qui a le dernier mot. Ce sera à 300 m, à 100m, dans le maximum de fluorescence et en surface. Le signal est donné et les 3 premières bouteilles se ferment à 300 m. La rosette remonte jusqu’à 100 m et un autre signal pour fermer les trois autres bouteilles et ainsi de suite jusqu’en surface. Elle est sortie de l’eau, son premier voyage est réussi. Autour d’elle, les chercheurs s’affairent à récolter les précieux échantillons qui seront traités sur le bateau, mais ça, c’est une autre histoire, tout comme les autres précieux équipements qui sont déployés pour aller chercher d’autres informations.

 Serge Demers à bord du Coriolis II

Une magnifique journée à latitude 38° 17’ S, longitude 55° 38’ W

Ces chiffres font partie du langage des océanographes. C’est la position du navire, une donnée importante pour le chef de mission qui doit planifier le travail des scientifiques. D’autres chiffres sont cependant aussi importants pour un navire comme le Coriolis ll et surtout pour son équipage scientifique: ce sont la vitesse des vents et la hauteur des vagues. Comme les océanographes ne sont pas nécessairement des marins, il y a souvent une relation inverse entre l’importance de ces chiffres et le nombre d’océanographes en mesure d’effectuer leurs tâches : on appelle ça le « mal de mer ». Jusqu’à présent, tout se passe bien de ce côté, nous naviguons à 11 km sous un magnifique soleil et sur une mer d’huile avec des vents pratiquement nuls. Nous arriverons cet après-midi à la première station localisée à environ 150 km au sud-est de Mar del Plata, une région réputée pour ses concentrations importantes de lions de mer. Des chercheurs argentins font d’ailleurs le guet en permanence sur le toit de la timonerie du Coriolis ll à la recherche de mammifères marins. D’ailleurs, cela sera le sujet d’une prochaine chronique.

 Serge Demers à bord du Coriolis

La Mission Coriolis est bien enclenchée

Après douze heures de navigation dans les eaux troubles du fleuve de la Plata, nous venons de franchir le front qui sépare les eaux douces des eaux salées. On sent la frénésie des chercheurs qui vont entreprendre leur première station d’échantillonnage dans quelques heures. Les chefs de mission, Gustavo Ferreyra et Jose Luis Esteves ont chacun leur tour donné leurs instructions pour le bon déroulement du plan d’échantillonnage. Il y aura bien sûr des ajustements de dernière minute et d’autres en cours de route, mais tout le monde est confiant du bon déroulement des opérations. 

Il faut bien sûr rendre l’utile à l’agréable et les deux chefs cuisiniers, Michel Labrie et Jean-François Dupont, réussissent à merveille à nous rendre très agréable la vie à bord. Tout au long de la journée, les 2 cinéastes du CONICET veulent immortaliser en image la vie à bord d’un navire de recherche. La coopération est de mise et nous travaillons, tous ensemble, pour faire en sorte que le travail de chacun soit des plus rentables.

 Serge Demers à bord du Coriolis II

Lâcher les amarres!

C’est à 01h45 que le navire Coriolis II a pu finalement lâcher ses amarres. Après plusieurs heures d’attente pour finaliser les derniers préparatifs, nous avons pu prendre le large. L’équipe, qui est fébrile de commencer les travaux, a profité de ce délai pour installer et tester tout leur matériel. Nous naviguons maintenant dans le majestueux estuaire de la Plata en route vers l’Atlantique Sud. Nous devrions goûter nos premières « gouttes d’eau salée » dans une douzaine d’heures. L’ambiance à bord est très chaleureuse et l’équipe scientifique, composée d’Argentins et de Québécois, est sympathique. Nous pouvons compter sur le professionnalisme de l’équipage du Coriolis II qui est attentif à nos besoins.

 Serge

Enfin sur le Coriolis ll !

Bonjour à tous,

Nous sommes enfin sur le Coriolis ll en attente du départ. L’équipe est fébrile de prendre la mer, mais il reste quelques petits problèmes à régler. Le bateau est actuellement en train de se ravitailler en essence, nous devrions avoir terminé le tout d’ici 2 h, après ce sont les douanes, l’arrivée du pilote et voilà.

Je vous recontacte demain.

Serge