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De retour à Comodoro Rivadavia

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Un des dévoués membres de l’équipage, Jean Carbonneau.

C’est au lever du soleil ce matin que nous avons accosté au quai de Comodoro Rivadavia. Nous avons passé les derniers jours à plus de 750 km des côtes, à la limite du plateau continental, c’est-à-dire là où la profondeur du plancher océanique passe rapidement de 100 à plus de 1000 m (talus continental). C’est à cet endroit biologiquement productif, communément appelé le Blue Hole, que nous avons eu la chance d’observer une dizaine de dauphins, des pétrels, des albatros ainsi qu’une soixantaine de bateaux de pêche aux calmars. Pendant la nuit, ces derniers éclairent cette région de l’Atlantique Sud créant une lumière intense perceptible sur les images satellitaires nocturnes.

Au terme de notre mission, nous avons effectué plus de 2 000 km de lignes de géophysique et cartographié deux zones du parc marin situé dans la partie nord du golfe de San Jorge. Par ailleurs, des sédiments ont été récoltés à 62 stations d’échantillonnage et les propriétés physiques (température, salinité, etc.) de l’eau de mer ont été mesurées à 34 différents sites. Les données obtenues en temps réel nous ont permis de faire la découverte de plusieurs évents, dont certains toujours actifs, d’un gros glissement sous-marin sur le talus continental, d’une unité sédimentaire régionale intrigante, de dunes sous-marines et de plusieurs affleurements de roche volcanique. Toute une réussite! En somme, 3 étudiants de l’ISMER-UQAR  (dont l’auteure de cet article!), 4 étudiants argentins ainsi qu’une stagiaire postdoctorale ont été formés en géologie marine directement sur le terrain à bord du Coriolis II. Cette aventure océanographique constitue pour nous une expérience inestimable et nous laissera des souvenirs impérissables! Satisfaits et déjà un peu nostalgiques, c’est maintenant l’heure pour toute l’équipe scientifique de rentrer à la maison, alors que le Coriolis II et son équipage entreprendront un long voyage de retour sur la côte est de l’Amérique.

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Audrey M. Rémillard à l’attaque d’un carottier à boîte.

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Mardi matin, 4 mars, c’est le temps de rentrer à la maison!

Audrey M. Rémillard à bord du Coriolis II, au quai de Comodoro Rivadavia

Les étudiants argentins partagent leur expérience pour leur famille et amis

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José Ignacio Isola, Nerina Iantanos, Matías Juárez, Silvia Etienot et Carolina Chialvo

Depuis le début de notre mission sur le Coriolis II, plusieurs langues sont parlées à bord. En effet, les conversations sont caractérisées par un mélange de français, d’anglais, de russe, d’allemand et d’espagnol. En plus de trois étudiants de l’ISMER-UQAR, quatre étudiants argentins font partie de la mission. Pour tous les étudiants, il s’agit d’une chance unique d’apprendre les techniques de pointe en géologie marine directement sur le terrain. Ci-dessous, un texte en espagnol suivi de sa traduction française dans lequel les étudiants argentins partagent leur expérience pour leur famille et amis.

Hola a todos!! Somos Carolina Chialvo, José Isola, Matías Juárez y Silvia Etienot, estudiantes avanzados en la carrera de Geología de la Universidad de Buenos Aires (José y Silvia) y de la Universidad  Nacional de la Patagonia San Juan Bosco(Carolina y Matías). Nos encontramos a bordo del Coriolis II, compartiendo esta campaña junto con alumnos y profesores de la Universidad de Québec a Rimouski (Canadá), además de los marineros y técnicos que son quienes se ocupan del buen funcionamiento del barco y los cocineros que nos deleitan con su menú todos los días.

Hemos estado realizando monitoreo del fondo marino, a partir de multibeam y subbottom profile, para lo cual nos hemos interiorizado en el funcionamiento de dichos instrumentos y hemos colaborado en el control de los mismos. Además obtuvimos muestras del fondo del golfo San Jorge y del denominado Agujero Azul, una zona muy rica por su potencial pesquero, las que serán estudiadas posteriormente en los laboratorios Canadá y Argentina.

Esto es toda una nueva experiencia para nosotros, partiendo de la forma de comunicarnos, ya que en la provincia de Quebec en Canadá hablan francés y nosotros español, hemos encontrado como vía de comunicación el inglés, aunque ninguna de las dos partes lo domina a la perfección. De todas maneras, logramos llegar a entendernos, ya sea a través de palabras o de gestos. También hemos compartido algunas comidas típicas argentinas, como es el dulce de leche, el mantecol y alfajores. De los cuales el dulce de leche ha sido el que tuvo mayor éxito!  A su vez, nosotros hemos probado por primera vez la mantequilla de maní, las tostadas francesas y el poutine.

Ya falta poco para que esta experiencia termine y esperamos llevarnos buenos resultados, buenas experiencias y lindos recuerdos.

Un saludo grande a todos!!!!

 

Traduction libre par Audrey M. Rémillard et Jean-Carlos Montero-Serrano

Bonjour à tous!! Nous sommes Carolina Chialvo, José Isola, Matías Juárez et Silvia Etienot, étudiants avancés en géologie à l’Université de Buenos Aires (José et Sylvia) et l’Université nationale de Patagonie San Juan Bosco (Carolina et Matías). Nous nous sommes rencontrés à bord du Coriolis II, avec les étudiants et les professeurs de l’Université du Québec à Rimouski (Canada) ainsi que les marins, les techniciens et les cuisiniers qui veillent au bon fonctionnement du bateau. 

Nous nous sommes familiarisés avec les instruments servant au monitorage du fond marin à partir de l’échosondeur multifaisceaux et du profileur de sous-surface. De plus, nous avons récolté des échantillons de sédiments provenant du golfe de San Jorge et du talus continental (« Blue hole »), une zone de pêche reconnue mondialement. Les sédiments seront analysés de manière conjointe dans les laboratoires argentins et canadiens.

Il s’agit d’une toute nouvelle expérience pour nous au niveau scientifique et linguistique puisque les Québécois parlent français et nous espagnol. L’anglais était donc la langue parlée tout au long de la mission. Nous avons partagé des plats typiques québécois (« cipaille », poutine, pain doré et beurre d’arachides) et argentins (asado, dulce de leche, mantecol, alfajores et mate).

La mission tire maintenant à sa fin et nous avons ainsi acquis une multitude d’échantillons, de beaux résultats et une belle expérience en géologie marine !

L’Anomalie magnétique de l’Atlantique Sud

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Figure 1. Évolution de l’Anomalie magnétique de l’Atlantique Sud au cours des derniers siècles. L’étoile jaune indique la position actuelle approximative du Coriolis II. Figure tirée de Hartmann and Pacca (2009).

Depuis notre départ, nous naviguons dans une zone où l’intensité du champ magnétique terrestre est beaucoup plus faible que sur le reste de la Terre. Cette anomalie, nommée l’Anomalie magnétique de l’Atlantique Sud, résulte d’une baisse importante de l’intensité du champ magnétique terrestre au cours des derniers siècles (voir Figure 1). Or, le champ magnétique terrestre joue un rôle de bouclier et protège la Terre des rayons cosmiques pénétrant dans notre atmosphère. Quand l’intensité du champ magnétique est élevée, moins de rayons cosmiques réussissent à pénétrer dans notre atmosphère, alors que lorsque l’intensité est faible, plus de rayonnement cosmique entre dans notre atmosphère. L’origine et les causes de cette anomalie sont encore méconnues, mais l’augmentation du rayonnement cosmique dans l’Anomalie magnétique de l’Atlantique Sud force, par exemple, la station spatiale internationale et les satellites passant dans cette zone à posséder un blindage supplémentaire pour ne pas endommager leurs instruments. Un des objectifs de la mission MARGES est de prélever des carottes sédimentaires dans cette anomalie afin de reconstituer les variations du champ magnétique terrestre au cours des derniers millénaires dans cette zone pour comprendre la dynamique de cette anomalie sur une période de temps beaucoup plus grande et peut-être ainsi déterminer ses causes et mécanismes.

Guillaume St-Onge à bord du Coriolis II en plein cœur de l’anomalie magnétique de l’Atlantique Sud.

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Figure 2. Carottier à gravité récolté dans le golfe de San Gorge en Patagonie. En analysant les propriétés magnétiques des sédiments en laboratoire, centimètre par centimètre, il est possible de reconstituer les variations d’intensité et d’orientation du champ magnétique terrestre au cours des temps géologiques. Photo : Simon Gamache (à gauche) et Jean Carbonneau (à droite) remontant le carottier à gravité à bord du Coriolis II.
Hartmann, G.A., Pacca, I.G., 2009. Time evolution of the South Atlantic magnetic anomaly. An. Acad. Bras. Ciênc. 81 (2), 243-255.

L’équipage dévoué du Coriolis II

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À la timonerie, Thomas Dostie, timonier, Emmanuel Sevor, capitaine, et Simon Gamache, 1er officier.

 Les derniers jours passés à bord du Coriolis II sont synonymes de changements. Plusieurs des installations essentielles à nos manipulations sont en panne, notamment les deux treuils principaux. Sans ces treuils, pas de carottage à piston! Il fallait donc trouver une solution rapidement pour compléter la mission en ne perdant pas de vue nos objectifs scientifiques. Heureusement, nous avons la chance de travailler avec un équipage créatif et dévoué. Devant l’ensemble des défectuosités, l’ensemble de l’équipage a travaillé sans relâche pour trouver des alternatives. De notre côté, nous changeons les plans, les horaires ainsi que les trajectoires de façon à remplir le plus possible nos objectifs. L’équipage s’adapte constamment aux changements. Le capitaine et les officiers de leur côté s’ajustent également à nos requêtes, recalculant les trajectoires et vérifiant la météo.

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Nos cuistots Michel Labrie et Jean-François Dupont.

Dans toute cette variabilité, une chose demeure stable : la bouffe! Tous les jours, les cuistots nous concoctent des plats tous plus réconfortants les uns que les autres. Que les plans fonctionnent bien ou mal, les heures de repas constituent toujours un moment de détente pour chacun de nous! En somme, un seul mot me vient à l’esprit pour décrire le travail d’équipe réalisé à bord : symbiose! Sans cet équipage flexible, efficace, débrouillard, et avec lequel une belle chimie s’est développée, nos travaux de recherche ne pourraient avancer, alors que c’est la science qui permet au Coriolis II de naviguer.

Audrey M. Rémillard à bord du Coriolis II

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De gauche à droite ,Claude St-Laurent, Gilles Desmeules, André April et Antoine April travaillent sur le carottier à piston.

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On pense souvent que le milieu maritime est très masculin, mais pas sur le Coriolis II ! À gauche, Karine Simard, 2e officier et à droite, Audrey Gauthier, timonière.

P.S. Je profite de cette tribune pour souhaiter un joyeux anniversaire à notre co-chef de mission Guillaume St-Onge au nom de toute l’équipe et de tout l’équipage. Bonne fête Guillaume, c’est un plaisir de travailler avec toi! 

Deux jours au parc marin jurassique

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Coucher de soleil sur les îlots rocheux volcaniques datant du Jurassique.

Lors des deux derniers jours, nous avons oublié les carottiers et nous avons consacré tout notre temps à la cartographie sous-marine du Parc national marin et côtier de Patagonie australe situé dans la moitié nord du golfe de San Jorge. Ce parc marin, créé en 2007, représente l’une des zones les plus importantes de la côte argentine en termes de diversité et de productivité biologiques. Notre mission au sein de ce parc est d’élaborer des cartes de la topographie du fond marin pour l’Argentine. Les diverses catégories d’habitats benthiques répertoriées grâce à nos diverses méthodes de visualisation du fond marin seront ensuite vérifiées à l’aide d’échantillons récoltés à l’aide de la benne. L’idée est de fournir un support scientifique dans l’organisation et la conservation de cette aire protégée. Notre première soirée dans le parc a été exceptionnelle. Le soleil couchant reflétait des couleurs rose et orangé sur une mer d’huile. Les oiseaux suivaient par centaines les lumières du Coriolis II dans la nuit. Pendant la journée, les lions de mer et les otaries, curieux, escortaient le navire de la proue à la poupe. Des dauphins et des petits pingouins ont également été observés par quelques chanceux à bord. Contrairement aux jours précédents, nous avons navigué au large des côtes et au large de plusieurs îlots dont les falaises, composées de roches volcaniques rougeâtres, datent de 180 millions d’années, soit l’époque du Jurassique. Lors de la formation de ces roches, à l’époque des dinosaures, l’océan Atlantique n’était pas encore ouvert! La deuxième soirée passée à cartographier le fond du parc marin a été un peu moins paisible que la première. Des vagues de près de trois mètres de hauteur faisaient danser le Coriolis II et ses membres d’équipage de tous les côtés! Heureusement, toute l’équipe a bien supporté la houle et tout le monde était au rendez-vous avec le sourire le lendemain matin avec la fierté d’avoir affronté avec succès une mer houleuse.

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Bref aperçu des oiseaux qui suivaient le Coriolis II par centaines.

 

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Les otaries suivaient tous nos déplacements lors de notre passage dans le parc marin.

Audrey M. Rémillard à bord du Coriolis II

Les travailleurs de la nuit

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José Ignacio Isola, Noela Sanchez-Carnero, Pierre-Arnaud Desiage, Guillaume St-Onge et Miguel Haller devant le l’échosondeur multifaisceaux et le profileur de sous-surface.

Les journées de vendredi et samedi ont été magnifiques et très productives. Il y avait très peu de vent et la mer était calme; les conditions étaient parfaites pour déployer les carottiers. Nous avons donc été en mesure de prélever cinq belles séquences sédimentaires à quatre différentes stations. Or, ces dernières n’ont pas été choisies au hasard. Pourtant, le golfe de San Jorge est vaste alors pourquoi ces quatre sites tout particulièrement? Durant la nuit, le Coriolis II tracte des instruments qui permettent de sonder le fond marin et de distinguer l’architecture des couches géologiques qui se trouvent en profondeur. Ainsi, l’équipe scientifique qui travaille les soirs et les nuits s’affaire à scruter les données qui s’affichent en temps réel sur les divers écrans associés aux différents instruments dans une salle devenue un véritable laboratoire informatique. Il y a d’abord l’échosondeur multifaisceaux qui permet de déterminer la profondeur et la géomorphologie du fond, le profileur de sous-surface et l’étinceleur qui permettent d’observer la séquence sédimentaire sur des dizaines et des centaines de mètres respectivement. Ensemble, les données récoltées à l’aide de ces instruments dévoilent une bonne partie des secrets préservés jusqu’ici dans les sédiments du golfe de San Jorge. Notre équipe de nuit a pour mandat de noter tout ce qui semble intéressant. Aux petites heures du matin, Guillaume St-Onge et Miguel Haller, nos co-chefs de mission, refont jouer les lignes des différents instruments comme un film regardé au ‘fast forward’ et discutent simultanément des résultats avec l’équipe de nuit afin de sélectionner les sites prioritaires pour le carottage de la journée. Ces sites sont choisis afin de répondre à des questions stratigraphiques et afin d’interpréter correctement les couches sédimentaires observées sur les instruments de géophysique. Finalement, un des avantages du travail de nuit est de pouvoir observer tous les jours le lever du soleil en Patagonie. 

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José Ignacio Isola, Pierre-Arnaud Desiage, Noela Sanchez-Carnero et Jacques Labrie travaillant dans la salle du Coriolis II devenue un véritable laboratoire informatique.

 

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Lever du soleil sur le golfe de San Jorge en Patagonie.

Audrey M. Rémillard et Guillaume St-Onge à bord du Coriolis II

Le temps des grands déploiements!

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Jean-Carlos Montero-Serrano et Catherine Jetté prélevant des échantillons dans la benne.

Après notre arrivée à bord du Coriolis II, deux jours entiers ont été consacrés à la cartographie du fond marin et à la visualisation de l’architecture des couches géologiques sur quelques secteurs du golfe San Jorge.

Une certaine fébrilité envahissait l’atmosphère au sein de l’équipe scientifique; nous avions tous hâte de prélever des sédiments et de jouer dans la boue (une vraie passion pour des géologues marins)! Or, échantillonner le fond marin à plus de 90 m de profondeur, ce n’est pas si simple.

Selon nos besoins, plusieurs possibilités s’offrent à nous et nécessitent l’aide précieuse des dévoués membres de l’équipage. Tout d’abord, afin de valider si le fond marin est propice au carottage et pour récupérer une petite quantité des sédiments de surface rapidement, une benne peut être utilisée, alors qu’un carottier à boîte peut être déployé pour prélever l’interface eau/sédiment sur une épaisseur avoisinant le demi-mètre. C’est l’outil de prédilection de nos collègues-biologistes pour échantillonner des organismes vivants sur le fond. En scrutant les sédiments remontés à la surface à l’aide du carottier à boîte, un sourire de satisfaction s’est accroché aux lèvres de toute l’équipe et le co-chef de mission a décidé de déployer notre modeste colosse : le carottier à piston. Malgré l’engouement, il faut s’armer de patience avec ce type de carottier puisque la préparation de l’ensemble de la structure nécessite l’utilisation de plusieurs treuils et dure donc plusieurs heures. Une fois assemblé, son mode de fonctionnement est assez simple. Le carottier pénètre le fond marin à l’aide d’un poids de 2 000 kg. Un piston exerce une succion dans le tube empêchant les sédiments de sortir lors de la remontée vers la surface. Les heures à attendre pour le grand déploiement sont bien investies : le carottier à piston peut prélever jusqu’à 9 m de sédiments. Selon la vitesse à laquelle les sédiments s’accumulent, ceci peut permettre de remonter quelques milliers, dizaines de milliers et même des centaines de milliers d’années dans le passé!

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Simon Gamache, Gilles Desmeules, André April et Jean Carbonneau retirant la structure du carottier à boîte.

 

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Jean-Carlos Montero-Serrano, Gilles Desmeules et Jean Carbonneau déposant une section du carottier à piston sur les tréteaux servant à extraire les carottes sédimentaires des tuyaux en acier.

Audrey M. Rémillard à bord du Coriolis II

Découverte d’évents!

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Image d’un évent observé dans le golfe de San Jorge en Patagonie. Sur cette image, l’évent fait environ 20 m de diamètre.

Une nuit de travail et déjà une belle découverte! Nous avons découvert une région avec de nombreux évents, ou « pockmarks » en anglais. Les évents sont des cratères sous-marins de taille variable qui se forment à la suite de la remontée de gaz dans les sédiments. Ils se forment soit par la dégradation de la matière organique lorsque les sédiments sont riches en matière organique ou soit par une remontée de gaz qui provient directement de la roche présente sous l’épaisse couverture des sédiments. La région étant très riche en pétrole, je penche pour la deuxième hypothèse à ce stade. De nombreux évents sont aussi observés dans l’estuaire et le golfe du St-Laurent. Il sera très intéressant de comparer les systèmes d’évents des deux golfes des deux hémisphères. 

Guillaume St-Onge à bord du Coriolis II

Enfin le grand départ!

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Le chef scientifique Guillaume St-Onge donne des explications sur le fonctionnement des divers instruments. De gauche à droite : José Ignacio Isola, Silvia Etienot, Carolina Chialvo, Guillaume St-Onge et Audrey M. Rémillard.

L’eau peut devenir une denrée très rare sur un bateau! À notre arrivée à bord du Coriolis II le dimanche 16 février à midi, le niveau des réservoirs était bas et le système de désalinisation qui transforme l’eau de mer en eau douce par osmose était défectueux. Nous avons donc décalé notre départ pour une durée indéterminée, le temps de trouver rapidement une solution pour remplir les réservoirs. Or, la ville de Comodoro Rivadavia était elle-même privée d’eau depuis quelques jours, situation apparemment récurrente dans cette région selon quelques habitants que nous avons croisés. Comment s’y prendre? Après plusieurs appels téléphoniques et négociations, le Coriolis II a finalement été réapprovisionné en eau douce par… un camion-citerne de pompier! Pendant ce temps, l’équipe scientifique rimouskoise et argentine fourmillait sur le navire afin de préparer tout le matériel nécessaire pour les prochains jours!

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Premier déploiement d’un instrument de géophysique servant à établir la stratigraphie des sédiments.

Finalement, c’est sous un superbe soleil d’été que nous avons quitté le quai de Comodoro Rivadavia le lundi 17 février à 19h. Après une petite heure de navigation, nous avons déployé les instruments dans l’eau et récolté nos premiers échantillons. Tout a fonctionné à merveille au premier essai et les données commencent déjà à s’accumuler. Nos chefs de mission Guillaume St-Onge et Miguel Haller ainsi que toute l’équipe sont très heureux et enthousiaste de ce départ prometteur!

Audrey M. Rémillard à bord du Coriolis II

Les géologues de l’ISMER-UQAR débarquent à Comodoro Rivadavia!

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Pierre-Arnaud Desiage, Catherine Jetté, Audrey M. Rémillard, Jacques Labrie, Jean-Carlos Montero-Serrano et Guillaume St-Onge.

Après plusieurs heures de vol et quelques escales, l’équipe rimouskoise du projet MARGES (Marine Geology of the Gulf of San Jorge) a fait son arrivée dans la ville côtière de Comodoro Rivadavia. Dans l’attente de notre embarquement et afin de connaître le contexte de la géologie régionale, nous avons décidé d’entreprendre une expédition géologique au cœur de cette partie semi-désertique de la Patagonie argentine. Nous avons exploré la forêt pétrifiée de Sarmiento (Área Natural Protegida Bosque Petrificado Sarmiento). En arrivant sur le site, nous étions tous bouche bée; les couleurs vives des strates géologiques sont à couper le souffle et le paysage désertique donne la drôle de sensation d’être sur une autre planète! Des troncs et des arbres entiers datant de 65 millions d’années jonchent le sol. Comment est-ce possible? À cette époque, l’inexistence de la cordillère des Andes offrait des conditions climatiques plus humides favorisant la prospérité d’une forêt subtropicale riche. Cette dernière a ensuite été ensevelie par des sédiments, des cendres et des laves volcaniques, les privant d’oxygène. Un long processus de pétrification (fossilisation) s’est opéré. Aujourd’hui, l’érosion par l’eau et le vent met à jour ces arbres transformés en pierre et offre ce paysage hallucinant rassasiant pleinement nos yeux de géologues! Dans ces mêmes roches, il y avait aussi des fossiles de dinosaures datant de 90 millions d’années!

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Les couleurs vives des strates géologiques sont à couper le souffle et le paysage désertique donne la drôle de sensation d’être sur une autre planète.

Par ailleurs, si des champs pétrolifères abondent dans la région, comme en témoigne la multitude de chevalets de pompage que nous avons observés sur la route, c’est en raison du piégeage de la matière organique et de sa transformation en hydrocarbures dans la roche. L’industrie pétrolière est ainsi la principale activité économique de la population de Comodoro Rivadavia. Le lien avec notre mission à bord du Coriolis II est flagrant : si l’exploitation des hydrocarbures devient aussi importante en milieu extracôtier, soit dans le golfe San Jorge, qu’en milieu terrestre, nous devons évaluer les effets potentiels sur l’écosystème marin ainsi que de déterminer la nature du fond marin et les risques naturels potentiels dans ce golfe afin d’assurer une exploitation future sécuritaire et respectueuse de l’environnement.

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Les champs pétrolifères abondent dans la région, comme en témoigne la multitude de chevalets de pompage que nous avons observés sur la route.

Finalement, après cette magnifique journée et quelques coups de soleil, nous sommes retournés à Comodoro Rivadavia afin de faire les derniers ajustements pour notre départ en mer! Demain soir, nous rencontrerons nos homologues argentins pour une réunion d’équipe préparatoire et le grand départ est planifié pour dimanche. Nous avons plus que hâte et la fébrilité du départ se fait déjà sentir!

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L’érosion par l’eau et le vent met à jour ces arbres transformés en pierre et offre ce paysage hallucinant rassasiant pleinement nos yeux de géologues!

Audrey M. Rémillard de Comodoro Rivadavia